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Replacer l'Homme au centre de l'entreprise |
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Entreprendre, un mot qui claque comme un défi et qui fait passer ceux qui le prononcent pour des aventuriers à une époque où beaucoup de choses semblent bloquées. Entreprendre renvoie aux mots entrepreneur, entreprise et revêt une forte connotation de responsabilité et de citoyenneté. Au centre de ce défi, l’entreprise. Mais au fait, comment définit-on une entreprise ? Deux patrons aux vues similaires et appartenant à deux domaines d’activités très différents nous éclairent sur le sujet. |
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« Une entreprise c’est une équipe de collaborateurs, allant dans le même sens et se battant tous les jours pour assurer sa pérennité », nous dit Michel Letessier. A 46 ans, ce banquier père de 4 enfants dirige l’agence bancaire du CIC branche entreprise du Montargois. Elle rayonne sur Montargis, coquette sous-préfecture du Loiret située à une centaine de kilomètres au sud de Paris, et le Gâtinais. Une équipe de collaborateurs motivés, allant dans le même sens, nous voilà au cœur de la philosophie de ce quadragénaire également président du Centre des Jeunes Dirigeants (CJD) de Montargis. | |
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Philosophie amplement partagée par Emmanuel Vasseneix, son cadet de cinq ans, PDG de la Laiterie de Saint Denis de l’Hôtel qui complète cette définition, par un double sens : « un lieu de partage, d’échange et de créations de richesses globales, c’est à dire économiques, culturelles et intellectuelles ». A un second niveau, « l’entreprise est un lieu d’enrichissement individuel et collectif dans un cadre de prise en compte de tous les enjeux sociaux, environnementaux et de société. ». Ce père de trois enfants incarne on ne peut mieux cette image d’homme de défi n’hésitant pas à qualifier l’entrepreneur de « patron aventurier ». |
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« Entre mourir ou partir, nous avons choisi de rebondir »
Fondée en 1947 par son grand-père avec 13 salariés produisant 6.000 litres de lait, la Laiterie de Saint Denis de l’Hôtel est devenue aujourd’hui avec près de 400 salariés (répartis sur deux sites de production), un acteur incontournable dans la vie économique de la Région Centre. « Nous sommes des laitiers dans une région où il n’y a plus de lait » lance-t-il à la cantonade. Petit retour en arrière en guise d’explication, l’histoire de la laiterie de Saint Denis de l’Hôtel (LSDH) est indissociable de la réforme de la PAC (Politique Agricole Commune européenne) en vigueur depuis 1955 et dont la vocation est de nourrir les populations. Lorsque son père prend la relève en mai 1968, la LSDH produit 68.000 litres de lait. Mais dans une région qui ne produit plus de lait, elle est soumise à un lourd dilemme résumé ainsi par le représentant de la 3ème génération : « Entre mourir ou partir, nous avons choisi de rebondir. » Cette phrase en dit long sur l’audace d’Emmanuel Vasseneix et marque un tournant décisif de l’existence de la LSDH. En 1985, a lieu pour la LSDH qui devient alors conditionneur de liquides alimentaires, la rencontre avec Carrefour. Elle diversifie ainsi sa production et s’offre une marge de croissance insoupçonnée. « Ma petite entreprise, ne connaît pas la crise » dit la chanson ; à Saint Denis de l’Hôtel, la laiterie est devenue une société plus que respectable menée par un jeune patron dynamique aux idées claires et bien arrêtées : « La LSDH repose sur 4 piliers : la responsabilité vis à vis de nos clients, l’engagement c’est à dire la passion, un moteur essentiel transmis aux autres, la solidarité par rapport aux salariés et à la collectivité, enfin la loyauté consistant à exprimer, soumettre aux autres un problème ou un mal être et non le garder pour soi. » |
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L’humain au cœur des préoccupations
Quand on demande à ces gens ce qui les fait avancer, la réponse est la passion. On y accole aussitôt le respect des Hommes. L’humain est bien au centre de tout, qu’il soit client ou collaborateur. Là est bien le credo de Michel Letessier qui au C.I.C. gère le portefeuille de patrons de PME ou entreprises qui ne vivent que pour leur entreprise. « Nous voyons des gens qui se défoncent pour faire vivre et croître leur affaire et nous nous enrichissons de leur expérience. Nous sommes à leur service » explique-t-il avec du respect dans la voix. Un métier de banquier comme un autre croirait-on. Sauf qu’ici, le client est au cœur des préoccupations. Ce n’est pas lui qui se déplace, mais Michel Letessier ou l’un de ses collaborateurs, chacun ayant un portefeuille de clients. A cela une raison presque évidente, le besoin de se rendre sur place, pour mieux saisir le contexte, la situation, prendre la température de l’entreprise en quelque sorte. La notion de feeling est capitale : « les entrepreneurs souhaitent entretenir de bonnes relations avec les partenaires bancaires et il est important pour eux que nous comprenions bien leurs préoccupations. Ils veulent donc des gens compétents et efficaces, dotés d’un bon feeling » résume-t-il. C’est la raison pour laquelle l’agence de Montargis est restée présente dans la Venise du Gâtinais, au lieu d’être regroupée à Orléans, afin que ses agents soient plus proches et plus réactifs vis-à-vis de leurs clients. Même chose pour l’équipe de huit collaborateurs (lui compris) que Michel Letessier anime en tant que directeur. Animer une équipe, c’est quand même autre chose que de « gérer de l’humain ». Une fonction dynamique qui requiert tout à la fois de motiver, stimuler, encourager, accompagner, suivre ou contrôler. Quand tout se passe bien c’est plus facile, sauf qu’il n’oublie jamais de mettre en avant les facteurs de réussite et surtout, les personnes : « En réunion, je fais partager leur réussite aux commerciaux en les faisant témoigner, raconter. C’est inestimable pour les faire avancer. La reconnaissance et l’appréciation de leur travail sont des facteurs essentiels. » Essentiels pour l’émulation. On est plus fort à plusieurs que seul et comme l’ajoute si bien Emmanuel Vasseneix : « un collaborateur doit autant me faire progresser que je le fais progresser. » S’ouvrir aux autres pour apprendre encore et toujours. Au patron de créer et entretenir le climat propice à l’émulation afin qu’en découlent les performances. Et de tout mettre en musique, tel un chef d’orchestre. |
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La passion de la création |

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Créer, encore un terme clé pour nos capitaines d’entreprise, au cœur de leur fonction. « Nous avons une vrai vocation de créer » explique Emmanuel Vasseneix, avant de poursuivre : « L’entrepreneur c’est celui qui est capable de définir une vraie stratégie avec une vraie ambition, dans un cadre de valeurs donné ». Les valeurs et la stratégie sont indissociables de la philosophie de ce tout jeune quadragénaire. Elles sont l’incontestable moteur de la croissance de la LSDH qui peut se vanter de ne pas avoir connu une seule grève, ni un seul licenciement économique depuis sa création ! Sur son bureau figure un exemplaire du dossier relié sur lequel est notée en des termes simples et clairs, la stratégie de cette incontournable laiterie de 400 employés. « Quand on demande aux chefs d’entreprises s’ils ont une stratégie écrite, partagée et qui fonctionne dans l’entreprise, on arrive au chiffre de seulement 20%, s’exclame-t-il. Comment amener quelqu’un quelque part si on ne lui dit pas où l’on va ? ». C’est une évidence … tellement cruciale ! Car l’âme de l’entreprise ce sont les gens qui la composent, sa performance étant formée de la somme des performances individuelles. On se dit alors qu’un patron qui raisonne ainsi doit avoir de sacrées capacités d’écoute. Sur ce sujet, il vous coupe net : « C’est le seul droit que je m’accorde professionnellement ! Pouvoir rencontrer n’importe quel salarié ayant un problème quelconque, qu’il soit professionnel, privé, familial, dans l’entreprise ou ailleurs de manière confidentielle. Plutôt que de critiquer les gens, on essaie de les aider. » Quelqu’un qui sera dans des dispositions optimales sera forcément plus performant, telle est la logique implacable appliquée par ce patron d’entreprise hors norme. Vous en connaissez beaucoup vous des patrons qui vous avouent que leurs deux meilleurs jours de l’année : « c’est lorsque je distribue le 13ème mois et la participation à l’intéressement » ? Et pourtant, quoi de mieux que partager avec ses salariés les fruits de la richesse, afin de les impliquer dans la bonne marche de l’entreprise ! Les outils de partages de la réussite ont été mis en place depuis longtemps à la Laiterie de Saint Denis de l’Hôtel, en 5 ans, 8 mois de salaires supplémentaires ont été distribués à chacun. |
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Les relations à la personne, çà ne s’apprend pas dans les livres |
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Mais si la carotte financière est un excellent moyen d’impliquer ses salariés, vous l’aurez bien compris, ce n’est pas là l’essentiel, loin de là. « Entre l’attention particulière portée à la personne et la motivation personnelle, la première est de loin la plus importante » assure Michel Letessier. La considération prêtée aux autres est fondamentale lorsque l’on désire avancer ensemble et tirer dans le même sens « A plusieurs, on est plus intelligents que tout seul » assène-t-il avec ce désir constant d’améliorer les procédures, en n’hésitant pas à les mettre à plat lors de réunions hebdomadaires, afin de faire redescendre les informations et éviter ainsi qu’un même problème se repose. Etre plus proche de ses collaborateurs est une règle d’or qui s’avère précieuse quand quelque chose ne tourne pas rond chez l’un de ses collègues. Il appartient aussi au directeur d’agence qu’il est de prévenir : « L’on peut détecter un mal-être chez un collègue. C’est toujours difficile. La personne est plus ou moins expansive. On peut alors lui faire sentir qu’on est présent à côté d’elle, sans pouvoir l’obliger à en parler. On tient simplement compte de l’exigence professionnelle. Tout ce qui touche à la personne humaine s’apprend sur le tas et non dans les livres. Cela se vit en sachant qu’il n’y a jamais de solutions toutes faites. » D’où l’importance en amont d’être à l’écoute, valoriser et être attentif en adaptant son management aux personnalités qui forment l’équipe. Chacun réagissant différemment, les ressorts sur lesquels on agira ne seront pas les mêmes d’une personne à l’autre. Cette approche est en somme similaire à celle de leurs clients, avec lesquels Michel Letessier et ses collaborateurs sont en contact quotidiennement. « A la différence qu’on s’arrête à les convaincre et non à les motiver à travailler avec nous. On est dans l’argumentation qui va nous positionner face à nos concurrents. Nous travaillons dans une agence à dimension humaine. Il est fondamental de personnaliser le lien avec chacun de nos clients en leur faisant comprendre qu’ils sont une personne et non un numéro de compte. » Cette personnalisation passe par trois rencontres au minimum par an, afin de se positionner très différemment qu’un fournisseur classique. Ce qui passe par des déjeuners ou l’organisation d’un tournoi de golf. De même, il est important de développer les relations entre collaborateurs dans un cadre hors professionnel par des déjeuners. Car comme le disent en chœur nos deux chefs d’entreprise, c’est à eux de détecter une attente particulière chez les autres. Et c’est tout sauf une coïncidence si l’un comme l’autre sont membres du Centre des Jeunes Dirigeants. Cette « infinie section » comme l’appelle Michel Letessier (il préside l’antenne montargoise depuis septembre dernier) qui a pour vocation de mettre l’économie au service de l’Homme. Et non l’inverse ! La nuance est de taille et ce, pour le bien de tous.
Stéphane Getten. |
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