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Dix points pour cultiver la performance !

 

  

La mécanique a des lois qui sont parfois extrêmement compliquées et de leur parfaite maîtrise naissent des réalisations exceptionnelles. Les exemples dans ce domaine sont très nombreux et la présence de moyens de plus en plus importants assurent des résultats en constante progression : les trains roulent de plus en plus vite, les avions sont de plus en plus performants, les moteurs de plus en plus résistants, l’informatique de plus en plus puissante...

 

Dans le monde vivant, de telles lois n’existent pas !

A l’échelle de notre organisme, la performance vient du maintien de conditions optimales. Au-delà, à la différence des lois de la mécanique, la performance chute. Cela vient du fait que les grandes fonctions de l’organisme humain obéissent à un fonctionnement, non pas très compliqué mais… complexe, fruit de multiples interactions.

 

Dans le sport, à capacités physiques identiques, la performance vient de ce qu’il est coutume d’appeler « le mental ».  Le département de physiologie du sport de l’Université de Vienne en Autriche concluait, dès 1992, à l’importance de gérer l’aspect mental au mieux afin de maintenir un niveau de stress le plus bas possible. En général, ce rôle revient à l’entraîneur, ce qui montre leur importance dans le résultat. Si l’entraîneur ne réussit pas pleinement, chez le sportif, le niveau de stress augmente et, dans le meilleur des cas, la performance ne dure pas.

De la même manière, dans l’entreprise, lorsque les exigences croissent, si personne ne joue le rôle de l’entraîneur, des contraintes vont apparaître sous forme de stress et, au mieux, la performance ne sera pas durable. Les managers de talent, à l’image des très bons entraîneurs, permettent donc aux salariés de ne pas être victimes du stress et d’obtenir des résultats importants de manière prolongée. Un organisme canadien vient d’en apporter la preuve en réalisant des études qui montrent que rien qu’une absence d’encouragements augmenterait le niveau de stress et d’anxiété de 31 % et de 43 % respectivement chez les hommes et les femmes.

 

Ainsi, lorsque la concurrence devient féroce, s’il y a un aspect à prendre en considération, c’est bien celui inhérent à la gestion humaine des ressources.

 

Il est donc essentiel de travailler sur les leviers humains la performance.

 

Voici, à titre d’exemples, une dizaine de points :

 

- Le salarié doit, tout d’abord, être convaincu de l’utilité de son activité :

On se rend compte que le travail d’une personne peut rimer avec bien être s’il est utile à ses collègues. On ne doit donc pas travailler simplement pour réaliser la mission demandée mais parce que la réalisation de celle-ci influe sur la qualité du travail de ses collègues. Une aide soignante, dans un hôpital, allant prévenir l’interne que tel patient débute au niveau du dos une réaction cutanée, ne vivra pas son travail de la même manière que si elle se contentait de faire la toilette du patient. Dans un document intitulé « Travail et Santé », Philippe Davezies apporte une justification médicale à cet aspect : « la perception de l’activité d’autrui active, dans le cerveau, des réseaux de neurones qui réagissent à cette activité de la même façon que s’il s’agissait de la propre activité du sujet sur cet objet ». En une phrase, si on facilite l’activité de son collègue grâce à son propre travail, on en retire une satisfaction.

Une autre condition du bien-être au travail repose sur le fait que celui-ci soit utile à autrui et d’une manière plus générale à la société. Cette dualité entre intérêt personnel et intérêt général était explicité par Henri Bergson : « le pur intérêt personnel est devenu à peu près indéfinissable, tant il y entre d’intérêt général, tant il est difficile de les isoler l’un de l’autre ».

On trouve également cette dualité entre intérêt personnel et intérêt général, sous une forme proche chez Emile Durkheim dans « Le dualisme de la nature humaine et  ses conditions sociales ».

Si l’on prend deux groupes d’employés qui ne disposent pas du temps nécessaire pour accomplir leur mission, le groupe qui essayera, coûte que coûte, de mener à bien sa mission sera moins atteint sur le plan de sa santé que le groupe qui, considérant les conditions inacceptables, accepte l’idée de bâcler son activité car dans ce cas, il prend conscience que son action est pratiquement inutile pour autrui et donc pour la société.

On peut penser, dans le même ordre d’idées, qu’une activité professionnelle responsable sur le plan environnemental sera plus bénéfique pour la santé du salarié que si celui-ci sait que les répercussions de son travail sont catastrophiques pour la planète. L’engagement éthique d’une entreprise présente donc, en plus des bienfaits inhérents à la responsabilité économique, sociale et environnementale, des impacts intéressants sur le bien-être de ses salariés.

 

- Le salarié doit également bénéficier d’une liberté d’action :

La liberté d’action ou tout au moins une part de cette liberté semble indispensable au bien-être du salarié. On peut parfois être tenté de penser que plus on réduit cette liberté, plus le travail sera réalisé selon des critères optimaux et plus il sera efficace. Il n’en est rien car, à ce moment là, il devient source d’une souffrance morale. L’habileté semblerait résulter dans le fait de définir un cadre à l’exercice de l’activité et de laisser le salarié habiller son cadre comme cela lui semble le plus efficace. Paul Ricoeur n’assimile t-il pas la souffrance à « l’amputation du pouvoir d’agir » ?

Le pouvoir d’agir est extrêmement protecteur et on peut l’illustrer par une situation concrète. Dans un véhicule, la personne la plus stressée n’est pas celle qui conduit mais celle qui est à côté du conducteur, qui elle n’a pas le pouvoir d’agir. C’est ainsi que les torticolis secondaires aux longs déplacements en voiture, correspondant le plus souvent à une contracture des muscles para vertébraux cervicaux sous l’influence d’une stimulation de leurs récepteurs au stress, sont généralement plus violents chez le passager que chez le conducteur.

Cette influence du pouvoir d’agir sur le bien être est également vraie chez l’animal. On s’est aperçu que si l’on met des rats dans une cage où ils vont pouvoir, par leur action, éviter une décharge électrique, leur état de santé sera préservé. A l’inverse, si quoi qu’ils fassent, ils n’ont pas la possibilité d’échapper aux décharges électriques, très vite, ils se laissent mourir. On pourrait presque en conclure que le « pouvoir d’agir » est une des composantes de l’élan vital.

 

- Le salarié doit avoir un poste adapté à son profil psychologique :

Des travaux ont montré qu’une personnalité introvertie ne doit pas être en position de leader sous peine d’être victime de stress. De même, une personnalité extravertie en position d’adjoint connaîtra des problèmes identiques.

Il est donc parfois nécessaire de montrer à certains leaders que l’on est proche d’eux ou au contraire de faire ressortir l’autonomie de certains adjoins.

 

- Il peut être utile de fixer un objectif final et des objectifs intermédiaires afin de diminuer la pression d’enjeu

L’une des raisons qui explique le développement important du stress depuis quelques années est l’exigence importante de performance inhérente à l’augmentation de la concurrence.

Si on dit à un collégien qu’en un an, il va devoir progresser de dix centimètres en saut en hauteur, il va en accepter l’idée sans inquiétude. Si on lui dit qu’il va devoir progresser de trente centimètres, on risque de provoquer du stress. Si on lui explique qu’un échec de sa part sera à l’origine d’une sanction, on va augmenter la pression d’enjeu et, là, on va produire du stress en grande quantité.

Lorsque l’objectif est difficile à relever, il est souhaitable de le fragmenter en deux objectifs intermédiaires plus facilement accessibles et d’insister sur la possible réussite de chacun d’eux objectifs à la vue des succès déjà réalisés.

L’enjeu - « Si on perd ce marché, on ferme ! », « Si on ne gagne pas, adieu la finale », « Dépêches-toi, ce patient va de plus en plus mal » et la pression qui s’attachent à ce type de formules employées machinalement le plus souvent permettent en général d’obtenir des effets inverses à ceux escomptés. En « mettant la pression », on augmente le stress. Et comme parallèlement, on ne motive pas, c’est le contraire de l’effet recherché qui se produit. Or, il est indispensable de diminuer la pression d’enjeu en s’efforçant de relativiser la situation. Le Maréchal Lyautey avait cette jolie formule : « lorsque la vie des hommes est en jeu, il faut en faire un jeu pour qu’ils oublient l’enjeu ».

 

- Il est indispensable d’exprimer sa passion :

Cultiver la motivation chez une personne nécessite d’apparaître soi-même passionné par ce qu’elle fait et de le lui faire ressentir. C’est le moteur qui lui permettra d’avoir d’avantage envie de réussir. Elle percevra ainsi l’ensemble des plaisirs recelés par son activité.

Lorsqu’on aborde la transmission de passion, on pense aussitôt à ces grandes lignées familiales de professeurs, de juristes, de dirigeants d’entreprises, de médecins… voire de musiciens. Or, la transmission génétique des capacités professorales, juridiques, managériales, médicales ou musicales, n’est pas prouvée. Simplement, dès leur plus jeune âge, les enfants ont évolué dans un environnement où  leurs parents parlaient de leur métier avec passion.

 

- Il faut encourager  encore et toujours :

Pour développer la motivation, il faut encourager encore et toujours, y compris une personne qui traverse une période difficile.

Dans ce cas, la difficulté est plus grande. Il va alors falloir s’attacher à repérer, au milieu d’une accumulation  d’échecs, un élément moins négatif, voire  positif, si possible. Il convient alors de se concentrer sur cet élément et observer sa moindre progression car aussi infime soit elle, c’est cette progression qui mise en avant avec insistance, permettra d’amorcer une nouvelle dynamique, positive. Il s’agit d’obtenir une sorte de contagion des petits succès qui diffuseront progressivement vers les secteurs les plus en difficulté au départ. Cette technique s’avère assez efficace pour les  personnes qui éprouvent des difficultés à reprendre une activité professionnelle. Il faut en effet absolument éviter, dès le départ, d’insister sur le fait que leur capacité de travail est effondrée, que cela est catastrophique, et qu’ils s’enfoncent de jour en jour dans l’échec. Conduire quelqu’un à la réussite en le motivant impose d’apprendre à parfois se satisfaire de peu au départ. C’est à ce prix que demain, l’entreprise sera, non plus forte de la compétence de ses dirigeants, mais solide en raison des synergies que ceux-ci auront su créer avec l’ensemble de leurs collaborateurs.

 

- Il est important de transformer le stress en énergie :

Souvent, c’est malheureusement l’inverse qui se produit tant il est facile de transmettre à ses collaborateurs son propre stress. Il n’en résulte pas un bien-être pour autant et l’entourage en subit systématiquement les répercutions néfastes.

Transformer le stress en énergie nécessite de comprendre les sources d’inquiétude de la personne, pour analyser celles-ci et lui permettre alors de voir en quoi ce qu’il considère être un handicap source de stress peut être un atout, à l’origine d’une meilleure confiance en soi.

L’exemple de la personne timide est évocateur. D’une manière générale, elle est plus sensible que les autres.  Et lors d’un échange verbal, elle dispose d’une capacité à engranger des informations d’apparence accessoires bien supérieures à celle d’une personne plus sûre d’elle. De ce fait, elle va disposer de points de repères en mesure de la guider au cours de l’entretien. Ce qui était perçu comme une « faiblesse » ou comme un inconvénient devient un atout majeur dans le cadre d’une activité professionnelle relationnelle. Une fois que la personne timide est consciente de cette force, elle ne va plus se focaliser sur ses craintes lors d’un entretien mais se concentrer sur la récupération d’indices destinés à mieux cerner les réactions de son interlocuteur afin de pouvoir les anticiper et de contrôler plus efficacement l’entretien.

 

- Il est essentiel de manifester de la considération :

On ne peut pas cultiver la moindre once de motivation chez une personne si on ne la considère pas. La considération et le fait de l’exprimer de manière franche constituent des clés majeures de la motivation. A l’inverse, l’absence de considération, ou ce qui peut être perçu comme tel, peut parfois développer des réactions vives.

Un dirigeant de PME m’explique qu’il reçoit chacun de ses salariés, lorsqu’il perçoit qu’ils rencontrent un problème qui les préoccupe: « cela me prend du temps, me coûte parfois de l’argent mais m’assure des relations internes à l’entreprise harmonieuses. L’employé se sent écouté et lorsqu’on apporte une solution à ses problèmes passagers, il perçoit le degré de considération qu’on lui porte. Il est d’autant plus efficace ». Dans l’entreprise, la considération est gage de cohésion et le lien de corrélation est proportionnel.

 

- Il faut transmettre de l’optimisme :

Cette tendance à prendre les choses du bon côté pour déboucher sur une sorte de « contagion de l’optimisme » est indispensable aux individus et à notre société, actuellement plutôt portés au pessimisme. Une attitude résolument optimiste est en fait indispensable pour avoir confiance en l’avenir et pour donner l’envie d’aller vers un futur meilleur. Car, l’un des éléments moteurs de la motivation est bien la conviction d’aller vers un avenir encore plus souriant que le temps présent. D’aucun pourrait être tenté de prétendre qu’il y a subterfuge car on argumente sur des éléments hautement hypothétiques. Ce qui est certain, c’est que tous ceux qui ont marqué notre temps ont fait preuve d’un optimisme exceptionnel.

Jacqueline de Romilly me faisait récemment remarquer que « nous avons un devoir d’optimisme ». Elle sait pertinemment que seul l’optimisme peut permettre à une personne de mobiliser l’énergie nécessaire pour aller vers une réussite inaccessible autrement. Or, autant il est facile de se laisser glisser vers le pessimisme, autant l’optimisme est une conquête. Et l’on a parfois besoin d’être encouragé à … conquérir. Alain résumait cette tendance en une phrase : « Le pessimisme est d'humeur; l'optimisme est de volonté ». Nous ne pouvons que souscrire à la formule. L’optimisme aide à transformer les soucis en défis. Le fondateur d’une grande agence de communication me rapportait un jour, « il ne faut pas voir un projet tel qu’il est mais tel qu’on voudrait qu’il soit ». Belle formulation !

Pour en revenir au stress, on retrouve là encore le parallèle entre la nécessité de la motivation et la lutte contre le stress. En effet, les docteurs Pierre et Henri Lôo, dans leur ouvrage : « Le stress permanent », observent que la personnalité optimiste « intervient comme appoint correcteur du stress ». Ces deux psychiatres martèlent le message : « les pessimistes ont toujours raison  peut-être dans la mesure où ils contribuent au malheur ! Aucune certitude n’est absolue, l’intelligence se doit d’être dubitative. Contre l’évidence, contre sa propre conviction, être rassurant est… une éthique humaniste ».

 

- Il est parfois utile de cultiver l’engagement :

Nombreux sont ceux qui mesurent la difficulté de motiver celui ou celle qui exerce un travail peu gratifiant. Heureusement, ceux-ci cultivent parfois, à l’extérieur de leur travail, de véritables passions ; des passions qui sont autant de source d’engagements. Si l’on aide, par quelque biais que ce soit, ces salariés à vivre leur engagement pour une cause qu’ils perçoivent comme essentielle, on leur permet de développer une motivation et  d’aller bien. En quelque sorte, « quand on fait le bien, on se fait du bien ». Hans Selye, l’homme qui a décrit les réactions du stress, l’exprimait de manière forte élégante, lorsqu’il parlait « d’altruisme égoïste ». Pas étonnant que dans « la valise du bonheur » de nos amis Canadiens figure comme outil : « l’engagement dans un cause d’intérêt général ».

 

Toutefois, pour motiver un collaborateur, il ne suffit pas de lui dire qu’il est en route vers un avenir meilleur, encore faut-il l’en convaincre.

Il est pour cela utile de faire appel à des liens logiques forts dans son argumentaire. Dire à une personne timide, « vous allez réussir car le fait d’être timide n’empêche pas l’intelligence et le courage», est insuffisant pour la convaincre car le lien logique entre l’affirmation « vous allez réussir » et l’argument « la timidité n’altère ni l’intelligence, ni le courage » n’est pas d’une très grande évidence. Cette personne est parfaitement consciente d’avoir une forme d’intelligence et d’être courageuse mais, elle sait surtout qu’elle est paralysée par sa timidité.

A l’inverse, si l’argumentaire reposant sur le fait que les concurrents sont moins bien placés  car l’entreprise bénéficie d’un meilleur esprit d’équipe qui permettra, le moment venu, de mobiliser d’avantage les énergies, est beaucoup plus  crédible.

Une autre technique utile pour convaincre repose sur des tournures de phrase qui emprunte une formulation positive. Cette règle s’avère d’une redoutable efficacité, à tout âge.

Enfin, cette méthode s’appuyant sur des formulations positives gagne considérablement en efficacité lorsqu’elle s’accompagne d’un effort destiné à se situer sur le même canal de communication que son interlocuteur. C’est le principe de la programmation neurolinguistique. En repérant les mouvements oculaires ou le profil des mots utilisés par la personne que l’on a en face de soi, il est possible de trouver son canal de communication. En se situant sur ce même canal, notre message s’avère beaucoup plus performant.

 

Ces dix points permettent à l’être humain de vivre son activité, un peu comme un engagement, utile à autrui et… reconnu ! Les Canadiens ayant perçu la force de l’engagement comme moyen de protection psychique des salariés associent au développement de l’engagement dans le travail, l’engagement dans une cause d’intérêt général.

  
Dix points pour cultiver la performance